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Le blog de Loviso

Histoire de l'islam : apport scientifique à la civilisation moderne

16 Janvier 2015 , Rédigé par Loviso Publié dans #Histoire & Civilisations

Maxime Rodinson a écrit :« La rationalité de la théologie musulmane est extrême, elle est admirable. Tout l’Islam intellectuel du Moyen Age est placé sous les auspices de la raison. »RODINSON, M. : Entre Islam et Occident.

Ce que nous pouvons dire,c’est que, à partir d’un corpus fondé sur une révélation,les théologiens musulmans ont mis en oeuvre une démarche rationnelle,critique,dans le cadre de l’authentification des différentes récitations du Coran puis du contenu du Hadith.Un travail du même type a été entrepris ensuite,sur la langue arabe.Le caractère scientifique des méthodes d’investigation a été alimenté et conforté ultérieurement par l’emprunt d’un outil de la « science des Anciens »,la logique.[1]

Au-delà de l’étude du corpus religieux et de la langue arabe,cette rationalité s’est appliquée d’abord dans les domaines juridique et politique.Dans le cadre du développement de la société apparaissent des problèmes qui ne figurent pas dans la liste des situations initialement prévues.Et ces problèmes sont suffisamment nouveaux pour ne pas pouvoir être réglés par analogie avec tel ou tel comportement du Prophète.C’est alors qu’intervient le mufti.C’est quelqu’un qui connaît bien le code musulman et tout ce qui constitue déjà sa jurisprudence.C’est un savant de la religion auquel la société reconnaît,à un moment donné, la capacité à formuler un jugement sur une question non prévue par le dogme et par le code qui en découle, à innover dans une situation originale.Son jugement sera alors une fatwa.La fatwa est la formulation d’une solution qui n’est appelée à durer longtemps que si elle rencontre un consensus dans la société.[1]

L'importance des femmes pendant la période brillante de la civilisation arabo-musulmane est prouvée par le nombre des femmes qui se sont illustrées par leurs connaissances scientifiques et littéraires.En Orient, sous les Abassides, en Espagne, sous les Ommeyyades, beaucoup d'entre elles acquirent une grande célébrité. Waladat,la fille d'un khalife qui régnait en 860, avait été nommée la Sapho de Cordoue. [2]

  • Savants des pays d’Islam

La première phase de l’Empire musulman, qui s’achève vers le milieu du XIe siècle, avec un certain décalage pour les provinces occidentales et asiatiques,a été caractérisée par un enseignement supérieur privé dans lequel l’Etat
intervenait par le biais du mécénat au même titre que des particuliers.Les programmes de cet enseignement n’étaient pas rigoureusement codifiés mais,sous l’influence des premières orientations de l’époque du calife al-Ma’mun,la
philosophie, les mathématiques et l’astronomie y avaient une place privilégiée.C’est également au cours de cette période que se sont multipliées les bibliothèques,avec des statuts variables puisque certaines étaient publiques ou semi-publiques et d’autres privées.En plus de leur vocation propre,ces institutions ont été également des centres d’enseignement supérieur.Nous ne savons pas s’il y avait des lieux particuliers pour l’enseignement des mathématiques,de l’astronomie et de la physique.Mais,pour la médecine,on sait que de grands professeurs ont prodigué des cours soit chez eux,soit dans l’hôpital où ils exerçaient.Quant à la seconde phase,qui commence avec l’avènement du pouvoir seljoukide en 1055,elle est caractérisée par l’institution de collèges supérieurs,qui porteront le nom de madrasa.Ces nouveaux établissements se distinguent de ceux de la première phase sur un certain nombre de points. Tout d’abord, ils sont financés exclusivement par l’Etat.En contrepartie,ce dernier a un droit de regard sur le choix du profil des enseignants et, par conséquent, sur le contenu du programme. [1]

La civilisation arabo-musulmane a été une civilisation d’échanges,commerciaux bien sûr,mais aussi culturels et scientifiques.Ce qui signifie une grande circulation de l’information d’une extrémité de l’empire à l’autre.Cela vaut pour les échanges entre scientifiques, qui ont été rendus possibles par l’existence d’un support commode, le papier dont le procédé de fabrication aurait été emprunté à la Chine.Nous savons que des correspondances régulières entre savants ont eu lieu,dans le cadre d’un système postal régulier mis en place dans chaque région.Quand les distances étaient beaucoup trop grandes – ainsi,entre Bagdad et Cordoue – il n’y avait pas de courrier régulier,et les lettres suivaient les routes commerciales.A l’échelon régional, deux procédés étaient utilisés. En premier lieu, le courrier classique par porteur.L’autre procédé utilisait les pigeons voyageurs.Cette technique a d’ailleurs donné lieu à la fabrication d’un papier très fin et léger, pouvant être transporté par ce volatile. [1]

L’existence de polémique – que l’on retrouve en Europe au XVIIe et au XVIIIe siècle (entre Newton et Leibniz, etc) est intéressante.Ce type d’échanges donne en effet des renseignements scientifiques,mais apporte aussi des

informations sur le caractère des correspondants,parfois sur ce qu’ils font,sur la manière dont ils vivent…Ces polémiques ont aussi été fréquentes entre les savants musulmans,nous en connaissons un certain nombre.Les polémiques ont eu lieu surtout aux Xe et XIe siècles,c’est-à-dire durant la période la plus féconde de l’activité scientifique en pays d’Islam.Plus tard,ce seront surtout les polémiques philosophico-théologiques qui s’y développeront,l’exemple le plus célèbre –même s’il s’agit cette fois d’une polémique indirecte,par livres interposés –

étant celle déclenchée par le grand théologien du XIe siècle al-Ghazzali,avec son livre L’incohérence des philosophes, auquel répondra le grand philosophe du XIIe siècle Ibn Rushd,à travers son livre L’incohérence de l’incohérence.
Recherche,débats,controverses passionnées suscitent un bouillonnement intellectuel qui exaspère les lettrés traditionalistes. Pour ces derniers,la liberté de conscience va trop loin. [1]

Le vrai titre de gloire de Bagdad au cours de son âge d’or est là. C’est d’avoir osé penser que l’Homme pouvait accéder par l’expérience et la raison à des vérités qui,loin d’insulter à la parole de Dieu,permettaient au contraire de l’éclairer.Que les savoirs profanes acquis ici-bas convergeaient naturellement vers cette parole, comme vers leur clé de voûte dans le ciel. [1]

Sources

  • [1] APPORTS DE LA CIVILISATION ARABO-MUSULMANE DANS LA CONSTITUTION DES PRINCIPES PHILOSOPHIQUES DE L’OSTEOPATHIE.
  • [2] Gustave Le Bon (1884) La civilisation des Arabes.Ouvrage illustré de 10 photolithographies, 4 cartes et 366 gravures dont 70 grandes planches, d'après les photographies de l'auteur ou d'après les documents les plus authentiques. Le Sycomore 102 Bd. Beaumarchais 75011 Paris
  • [3] Ibn Khaldûn, un islam des Lumières? Par Claude Horrut.Edition complexe.
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